Publié par CEMO Centre - Paris
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Comment l'Iran s'est embrasé

lundi 18/novembre/2019 - 11:31
La Reference
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Totalement inattendue, l'annonce du président iranien a fait l'effet d'une bombe. Vendredi, à peine la nuit tombée, Hassan Rohani a annoncé une baisse drastique des subventions gouvernementales sur les prix de l'essence. Dès le lendemain, les tarifs à la pompe ont augmenté de moitié, atteignant les 1 500 toumans par litre (onze centimes d'euro). Détenteur des quatrièmes réserves de pétrole au monde, l'Iran propose à sa population l'un des carburants les moins chers de la planète. Mais cette dernière hausse en cache une autre de bien plus grande ampleur. Au-delà de soixante litres consommés par mois, les conducteurs devront cette fois débourser la bagatelle de 3 000 toumans par litre, soit 22 centimes d'euros. Officiellement, il s'agit pour le gouvernement de reverser les 2,3 milliards d'euros d'économies réalisées chaque année aux couches sociales les plus défavorisées de la population.
Or, dans un pays frappé de plein fouet par les sanctions américaines, où l'inflation dépasse les 40 % et l'économie est en récession (- 9,5 % prévus cette année par le FMI), la mesure a mis le feu aux poudres. Dès vendredi soir, de nombreux usagers sont descendus manifester dans une dizaine de villes pour exprimer leur mécontentement, fait rare dans une République islamique où les manifestations, pourtant autorisées par la Constitution, sont sévèrement réprimées. À Ahvaz, dans la région pétrolifère du Khouzestan, qui est paradoxalement l'une des plus pauvres du pays, des conducteurs en colère ont bloqué des rues et scandé : « Fier Ahvazi, éteins ta voiture ! », avant que les forces de l'ordre n'exhortent la foule à évacuer les lieux.
Loin de s'apaiser, le mouvement de colère a repris de plus belle dès le lendemain, se propageant dans une cinquantaine de villes, dont Tabriz (Nord-Ouest), pourtant peu familière des manifestations. À Téhéran, sous la neige samedi, les manifestants ont eux aussi bloqué d'importants axes routiers. Fustigeant tout d'abord la hausse du prix de l'essence, les manifestants ont ensuite étendu leurs slogans à la politique régionale de la République islamique, aux cris de « L'argent du pétrole a été perdu, il a été dépensé pour la Palestine ! » Une critique à peine voilée au soutien financier et militaire de Téhéran aux groupes palestiniens islamistes Hamas et Djihad islamique dans la bande de Gaza alors que la population iranienne connaît une crise économique sans précédent.
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