Rédacteur en chef
Abdel Rahim Ali
Comité des experts conseillers
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Nabil Na’îm: Je suis le fondateur de l’organisation du Djihad en Egypte

jeudi 29/mars/2018 - 02:23
La Reference
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 7 années sont passées depuis que Nabil Na’îm, fondateur de l’Organisation du Djihad (guerre sainte) égyptien, est sorti de prison, en 2011, après avoir été condamné sous le régime de l’ex-président Hosni Moubarak. Il détient des secrets accumulés pendant les différentes périodes qu’il a passées au sein de l’Organisation et en prison.

Nous avons voulu, durant cinq heures d’entretien avec lui, découvrir ce qui n’avait pas été dit à propos de l’Organisation et savoir ce qui n’avait pas encore été diffusé.

La première surprise a été d’apprendre que l’idée de la création de l’Organisation est née avec Mohammad Sâlim ar-Rahhâl, qui avait obtenu une maîtrise de l’Université d’Al-Azhar en "fondements de la religion" (Faculté de théologie) et que Na’îm considère comme le « fondateur de l’Organisation du Djihad dans l’ensemble de la nation arabe », et en particulier le Djihad islamique palestinien fondé par ses disciples en Palestine. Parmi ses disciples figurent l’Egyptien Mohammad ‘Abd as-Salâm Farag, auteur de la fatwa autorisant l’assassinat du président Anouar Sadate, dans son livre « Le Djihad…L’obligation absente (Le devoir négligé) », et Fat’hi Chaqâqî, qui fonda ensuite le Djihad islamique en Palestine.

 

L’inspiration d’ar Rahhâl

La rencontre de Na’ïm et d’ar-Rahhâl eut lieu en 1976, après l’attentat contre la Faculté technique militaire perpétré par le courant islamiste comme tentative de coup d'Etat militaire contre l’ex-président Anouar Sadate, dans laquelle 17 personnes furent tuées. Par ailleurs, des centaines de jeunes furent emprisonnés, et leurs idées furent développées à l’intérieur des prisons. Ils divergèrent sur le fait de déclarer incroyant le juge qui les avait condamnés, de même que les policiers et les militaires à qui ils avaient affaire à l’intérieur de leur prison. C’est alors que Na’ïm intervint pour soumettre ces questions à ar-Rahhâl, en tant que l’un de ses disciples, pour qu’il donne un avis religieux à ce propos. Il recourut alors à la fatwa d’Ibn Taymiyya concernant les Tatars, que Mohammad ‘Abd as-Salâm Farag lui emprunta ensuite pour publier sa célèbre œuvre « L’obligation absente (Le devoir négligé) », dans le but de traiter ces soldats musulmans comme des Tatars.

Des années plus tard, en 1979, ar-Rahhâl fut arrêté à l’occasion de l’affaire de l’organisation du Djihad connue dans la presse sous le nom d’ « affaire de l’année 79 » et qui vit l’arrestation de nombreux éléments de l’organisation.  Na’ïm intervint cette fois-ci auprès de l’avocat des Frères Mukhtâr Nûh, pour pouvoir rencontrer le responsable de la sûreté d’Etat, le général Hassan Abou Bâcha, pour le libérer. Mais la surprise fut qu’Abou Bâcha décida de ne pas l’emprisonner mais de le renvoyer dans son pays, de crainte que les officiers de la Sûreté ne soient convaincus par les idées d’ar-Rahhâl durant l’interrogatoire. Car il avait des arguments et savait convaincre – selon les termes de Na’îm. Puis ar-Rahhâl disparut après avoir été expulsé d’Egypte et ses liens avec l’organisation furent rompus.

A ce moment, et après l’arrestation du chef de l’organisation at-Takfîr wa al Hijra lors de l’affaire dite « affaire de l’année 77 », Moustafa Yousri, émir général de l’organisation de Sâlih Sirriyeh de 1977 à 1980, annonça la dissolution de l’Organisation du Djihad, pour ne pas avoir à assumer la responsabilité de ses membres, et l’Organisation se scinda en groupes qui n’étaient pas convaincus par la décision de dissolution et continuèrent à préserver leur force. L’un d’eux, qui était dirigé par Moustafa Yousri avant «l’affaire de l’année 77 » fut placé sous le commandement d’Ayman az-Zawâhirî , et un autre sous celui de Mohammad ‘Abd as-Salâm Farag. Ces groupes comprenaient des officiers de l’armée, comme ‘Issâm al-Qamari, ‘Abd al-‘Azîz al-Gamal et d’autres. Ils exécutèrent des opérations terroristes en réponse aux événements de sédition confessionnelle à Az-Zâwiya al-Hamrâ’ en 1981, au début desquels de nombreux musulmans moururent.

Le groupe d’az-Zawâhirî attaqua alors une église et jeta une grenade sur des chrétiens réunis pour une fête. Quant au second groupe, il décida d’attaquer la bijouterie al-Amîr appartenant à un citoyen chrétien de Choubra. Ils achetèrent une mitrailleuse pour réaliser l’opération et demandèrent au groupe d’az-Zawâhirî des munitions. Elles se trouvaient dans l’entrepôt d’une maison à Qalioub, dans le gouvernorat de Qalioubiya à l’est du Nil. Na’ïm le loua à cette fin, mais il refusa de livrer les munitions à az-Zawâhirî pour que l’organisation ne soit pas impliquée dans une affaire de vol. C’est pourquoi az-Zawâhirî embrassa la main de Na’ïm lorsqu’il le rencontra en prison par la suite et lui dit : « Tu m’as sauvé car j’allais être impliqué avec eux dans une affaire de vol ».

 

Les Frères et le Djihad

Contrairement à ce que l’on dit sur le fait que la confrérie des Frères (musulmans) apportait un soutien financier caché à l’organisation du Djihad, en contrepartie de sa condamnation des opérations de cette dernière – ce qui fut connu sous le nom de la stratégie « une main tue et l’autre condamne » -. Na’ïm nie ces allégations, mais il confirme qu’un lien avait été établi au moment de la création de l’Organisation en 1974, par le biais de Sâlih Sirriyeh, le dirigeant connu des Frères qui fonda une organisation indépendante de son groupe pour renverser le président défunt Anouar Sadate, puis demanda à la dirigeante des Frères Zaynab al-Ghazâlî son aide pour permettre aux Frères de diriger l’Etat en cas de succès du nouveau mouvement, mais elle refusa. Na’ïm  explique aussi que les relations entre les Frères et les dirigeants de l’Organisation n’étaient pas bonnes et qu’ils haïssaient la Confrérie du fait que Sadate l’utilisait contre le mouvement nassérien. 

Na’ïm nie également que le groupe des Frères en Egypte ait soutenu financièrement l’organisation du Djihad égyptien, affirmant qu’ils recouraient pour le financement au braquage de joailleries. Il affirme aussi que l’Organisation ne touchait pas d’aide de l’étranger à ses débuts, car c’était une organisation locale, sans lien avec les services de sécurité, ou comme il la décrit, « une union d’étudiants qui s’est transformée en Organisation du Djihad ».

Concernant les liens des chefs de l’organisation avec la Confrérie, Na’ïm dit : « J’ai fréquenté Ayman az-Zawâhirî 20 ans et il m’a hébergé chez lui 3 ans, et il n’a jamais été membre des Frères (musulmans), et Ben Laden n’a pas non plus prêté allégeance aux Frères. Je lui ai demandé : étais-tu membre des Frères ? Et il a répondu : non, mais lorsque les Frères ont combattu le président syrien Hafez al-Assad en 1982, j’ai collecté pour eux des dons dans les mosquées pendant 3 ans, qui ont atteint 100 millions de riyals saoudiens, et acheté cent véhicules tout terrain, pour soutenir les camps des Frères en Jordanie, dans lesquels ils étaient préparés pour attaquer la Syrie. Et comme cela ne se produisit pas, « il se retourna contre eux quand il découvrit qu’ils étaient déloyaux », bien qu’az-Zawâhirî ait rapporté de Ben Laden dans une séquence vidéo célèbre le fait d'avouer avoir fait partie des Frères, et que la Confrérie lui confia une mission à Lahore au Pakistan, et qu’il n’obéit pas à ses instructions de revenir après la fin de sa mission, mais qu'il partit en Afghanistan, et fut alors exclu par la Confrérie des frères musulmans.

Na’ïm rapporte du chef du commandant de la bataille de Hama, ‘Omar ‘Abdel Hakim, surnommé « Abou Mus’ab as-Sûriy », les coulisses des relations des Frères avec l’organisation du Djihad en Syrie, « Talâ’i al-Fath », et le fait qu’ils ne croyaient pas en la pensée des Frères. Mais après le massacre des pilotes alaouites perpétré par l’organisation dans les années 80 du siècle dernier, Abou Mus’ab recourut au dirigeant des Frères musulmans Sa’îd Hawa et à d’autres que lui pour affronter al-Assad, et ceux-ci leur imposèrent comme condition pour les aider de travailler sous la bannière des Frères. Ils nommèrent alors leur organisation « Talâ’i al-Ikhwân » (l’avant-garde des Frères) au lieu de « Talâ’i al-Fath » (l’avant-garde de la conquête) : c’est la Confrérie des Frères qui gagna la sympathie de Ben Laden et pour lequel il collecta des fonds dans les années 80.

 

Khâlid Musâ’id

Dans le cours de la conversation est apparu le rôle de Khâlid Musâ’id, fondateur de l’organisation at-Tawhîd wal Djihad au Sinaï, qui a participé aux attentats de Taba qui ont visé des hôtels en 2004, à ceux de Charm al Cheikh en 2005 et de Dahab en 2006, à la suite desquels 2000 personnes ont été arrêtées. Elles ont été emprisonnées avec les éléments du groupe « an-Najûn min an-Nâr » (Les rescapés de l’Enfer) qui avaient participé à 3 tentatives d’assassinat manquées, et Helmi Hâchem qui est devenu par la suite le mufti de Daech (Etat islamique en Irak et en Syrie). Ils apprirent ainsi d’eux le fait d’excommunier les musulmans (takfîr) et lorsqu’ils s’évadèrent de la prison après la révolution de janvier 2011, ils emportèrent avec eux cette conception de la société, qui fut adoptée par les éléments de l’organisation « Ansâr Bayt al-Maqdis » à Gaza, jusqu’à ce que le dirigeant des Frères Khayrat ach-Châter les rencontre après l’arrivée des Frères au pouvoir pour les utiliser au profit de sa Confrérie.

 

Répartition des rôles

Les rôles des terroristes à l’intérieur de leurs organisations varient en fonction de leurs nationalités. Selon Na’ïm, les combattants arabes sont toujours chargés des opérations suicides, qui sont rarement exécutées par des combattants américains ou européens. Tandis que les Tchétchènes se chargent des missions de tueries et de meurtres étant donné leur rudesse. Ainsi, à l’intérieur de Daech, par exemple, on les appelle les « égorgeurs », et c’est pourquoi la Russie a tué 2500 Tchétchènes parmi les combattants de Syrie, après que Poutine eut décidé de ne pas les rapatrier.

Quant aux chefs du Front d’al Nusra en Syrie, il a affirmé que la plupart d’entre eux sont Egyptiens, étant donné que 1500 Egyptiens sont partis là-bas, la majorité appartenant au mouvement « Hâzimûn » partisans de Hâzim Abou Ismâ’îl, parmi lesquels ‘Abd al-‘Azîz al-Gamal, parti en Syrie durant l’année du règne des Frères, après la conférence du président déchu Mohammad Morsi intitulé « Aide à la Syrie » en 2013. Al-Gamal « était au service d’Israël et dressait les Syriens contre Bachar al-Assad, parce que la chute de la Syrie servait les intérêts d’Israël », selon Nabîl Na’îm.

 

Le Hezbollah

Le fondateur de l’organisation du Djihad continue de se flatter de ses liens avec le Hezbollah libanais, affirmant : « Avant la fondation de l’organisation du Djihad, j’ai été entraîné par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), et j’ai voyagé au Liban pendant la guerre en 1977. Je suivais des stages de formation, tel que celui de « pureté révolutionnaire » qui nous a appris que lorsqu’on tue un ennemi, on ne le fouille pas, même s’il a avec lui un million de livres égyptiennes. Sinon, ils vont abandonner ta cause et t’accuser de vol. J’ai toujours de bonnes relations avec le Hezbollah auquel j’ai dit : si une guerre éclate entre vous et Israël, j’y participerai sans aucun doute… Je souhaite mourir en combattant contre Israël ».

Les mosquées étaient un refuge relativement sûr pour nombre d’éléments et de chefs de l’organisation ayant échappé aux poursuites des forces de sécurité, surtout du fait de leur contrôle d’un certain nombre d’entre elles, et de la difficulté pour ces forces d’y pénétrer. Ainsi, au moment où Mohammad ‘Abd as-Salâm Farag –l’un des fondateurs du Djihad– échappa à Sadate après la décision de réserve de l’année 1981, il se cacha dans la mosquée ‘Omar ibn ‘Abdel ‘Azîz et bien dans d’autres mosquées célèbres qui étaient sous le contrôle de l’organisation, comme celle d’as-Sayyeda ‘Aicha dans le quartier de Dhâher au nord du Caire, celle de Fâtima az-Zahrâ’ dans la zone d’as-Sâhel à Choubra, au nord du Caire.

Lors d’une confrontation de Na’ïm et de son compagnon l’officier ‘Essâm al-Qamari avec les forces de l’ordre dans le quartier du Moqattam au sud-est du Caire, ils se réfugièrent dans la mosquée de Sayyeda ‘Aïcha et apportèrent un récipient qu’ils remplirent d’essence dans lequel ils démontèrent leurs armes. De même, le fondateur de l’organisation a reconnu qu’ils utilisaient certaines mosquées dans un nombre de gouvernorats en Egypte comme dépôts d’armes. Ils plaçaient les armes au pied du minbar mais en petites quantités, en prétextant les utiliser pour se défendre au cas où les forces de sécurité y pénétreraient.

 

L’assassinat de Sadate

L’assassinat du président Sadate en 1981 marqua un tournant décisif dans la vie de l’organisation du Djihad égyptien. Nabil dit à ce propos : « Khâled al-Islambouli informa Mohammad ‘Abdel Salâm Farag de sa participation à la parade militaire devant Sadate et du fait que sa brigade faisait des répétitions à cet effet, que son véhicule serait le premier à passer devant le podium et qu’il y aurait entre lui et le président 20 mètres. « Et si l’équipe des soldats dans le véhicule était changée et remplacée par des éléments du Djihad à l’intérieur de l’armée qui maîtrisaient les armes à feu, il serait possible de se débarrasser de Sadate. Et de fait, Khâled octroya une permission à l’équipe de soldats de son véhicule et donna l’ordre à ses officiers de rejoindre la brigade de la parade.

Tout était prêt sauf les munitions et l’aiguille permettant d’ouvrir le feu qui furent amenées par un frère lieutenant-colonel du nom de Mamdouh Abou Gabal, qui ne fut pas jugé dans cette affaire, car il fut considéré comme témoin et qui témoigna bel et bien ontre toute la cellule. Le rôle de Nabîl était d’apporter une partie des munitions par le biais d’Ayman az-Zawâhirî puis de ‘Abdel Salâm Farag. Quant à l’autre partie, elle fut amenée par les éléments du gouvernorat d’ach-Charqiya. Cependant, Na’îm ne fut pas impliqué dans cette affaire, car il dit au juge qu’il n’était pas un officier, et il nia tout lien avec les munitions et indiqua un autre individu censé en être responsable : c’était un officier de la défense aérienne du nom d’Ibrahim Salâma, qui fut tué durant l’opération. Et il reconnut que c’était les écrits mensongers des Frères sur les prisons de ‘Abdel Nasser qui les avaient poussés à assassiner Sadate. Car ils pensaient alors que le président leur ferait subir ce que ‘Abdel Nasser avait fait subir aux Frères en les torturant à mort. Et d’affirmer : « Nous avons rencontré les gens sur lesquels les Frères avaient écrit en prison, et nous nous sommes convaincus qu’ils avaient été lésés ».

Ce n’était pas la première fois qu’ils avaient envisagé d’assassiner le président Sadate, car il y avait eu une tentative qui avait échoué, lorsque ‘Abboud az-Zamar qui était alors officier dans les services de renseignements et membre de l’Organisation, les informa que le président allait se rendre à Mansoura pour inaugurer l’usine d’engrais Talkhâ. Ils allèrent en reconnaissance sur la route conduisant à l’usine, y firent des trous après avoir revêtu un uniforme officiel sur lequel était écrit : « Gouvernorat de Daqahliya. Société d’électricité », une tonne d’explosifs fut déposée dans des conduites enfouies sous la route. Mais ils furent surpris d’apprendre que le président avait atterri en hélicoptère sur le terrain de sport de Mansoura, à côté de l’usine, et la tentative d’assassinat échoua.

 

Regret… et perspicacité

Interrogé après ces propos francs, alors qu’il feuillette son cahier de souvenirs : regrettez-vous d’avoir participé à l’assassinat de Sadate ? Et si l’occasion se représentait, y participeriez-vous ? Il répond catégoriquement : « Oui, je regrette d’y avoir participé, et si l’occasion se représentait, je n’y participerais pas ». Et il dit que Sadate était charitable envers les pauvres et c’est pourquoi il leur a alloué une pension sociale qui porte son nom.

Peu de chance et beaucoup de perspicacité expliquent le fait que le fondateur du Djihad ait échappé à de nombreux procès, car dans l’affaire de l’assassinat de Sadate, avant d’être arrêté, Na’îm avait livré l’entrepôt d’armes qui étaient en sa possession à az-Zawâhirî et il n’y avait pas de contrat de bail pour la maison de Qalioub qui servait d’entrepôt pour les armes. Lorsque les forces de sécurité ont fait une descente dans la maison, elles ont trouvé des traces de percement à l’endroit sous lequel les caisses de bombes avaient été enfouies. Et lorsqu’ils l’interrogèrent, il répondit : « L’organisation m’a demandé de creuser pour stocker les armes et lorsque j’ai creusé, ils m’ont dit que ce trou n’était pas convenable ». Une réponse qui montre son intelligence et sa répartie. Egalement, lorsque az-Zawâhirî lui demanda d’imprimer le livre « al-‘Omda fi i’dâd al-‘idda » (Le pilier sur la préparation [du djihad]), Na’im confia cette tâche à un élément de l’organisation du nom de Haytham ‘Abd Rabbo qui travaillait dans une imprimerie en lui demandant d’imprimer 1000 exemplaires puis d’en vendre 100 à la Foire du Livre et de distribuer le reste aux frères, en leur conseillant, au cas où ils étaient interrogés, de dire qu’ils les avaient achetés à la Foire du Livre. Et pour cacher son crime, il fit partir Haytham en Afghanistan ; mais lorsqu’on l’interrogea, il le dénonça pour montrer qu’il collaborait, ainsi que pour se disculper et échapper à la torture, sachant qu’en fin de compte, Haytham n’allait pas être arrêté. De même, lorsqu’il fut interrogé sur les éléments qu’il avait fait partir à l’étranger, il dit qu’il n’était pas responsable des affectations à l’étranger au sein de l’organisation, et que c’était ‘Adel ‘Abdel Majîd ‘Abd al Bârî, qui avait fui alors à Londres.

 

En Afghanistan

Nabîl a fait des déclarations surprenantes durant l’entretien, parmi lesquelles le fait qu’Ayman az-Zawâhirî, actuel chef de l’organisation d’Al-Qaeda, en remplacement de Ben Laden, avait une personnalité faible et était manipulé par son entourage, et que les informations selon lesquelles il manipulait Ben Laden étaient mensongères. Il a dit aussi que c’est az-Zawâhirî qui l’avait dénoncé dans l’affaire de l’assassinat de Sadate, mais que malgré cela, il l’aimait et lui pardonnait ce qui était arrivé. Il a affirmé aussi que l’idée d’affronter l’ennemi lointain plutôt que l’ennemi proche était purement théorique et que Daech (l’Etat islamique) allait être liquidée, alors qu’Al-Qaeda perdurerait et s’étendrait.

Autre information inattendue : le fait qu’Ossama ben Laden planifiait une attaque contre la Bourse de New York avec une bombe nucléaire avant les événements du 11 septembre 2001, et qu’il s’était mit d’accord avec un général pakistanais pour voler la bombe à l’Union soviétique après sa dislocation. Il s’agissait d’une bombe à fission nucléaire composée de 2 à 5 kg d’uranium, placée à l’intérieur d’une valise. Il s’entendit avec des trafiquants de drogue au Pakistan pour la faire passer en contrebande en Amérique, en contrepartie de 10 millions de dollars. Il s’entendit aussi avec le général russe (chargé de laisser voler l’arme, NDT) pour lui verser 5 millions de dollars, et 5 autres au général pakistanais, et paya effectivement un acompte d’un million de dollars. Mais lorsqu’il reçut la valise avec la bombe, l’un des éléments de l’Organisation diplômé en ingénierie nucléaire, du nom d’Abou ‘Abd ar-Rahman al-Iliktroniy, l’examina avec un instrument de mesure de la radioactivité « acheté spécialement du Japon pour 25000 dollars dans ce but », et trouva que le degré de radioactivité était inférieur à celui de l’air. Ils décidèrent alors d’ouvrir la valise et y trouvèrent un missile Stinger, et s’aperçurent qu’ils avaient été l’objet d’une escroquerie.

 

Ben Laden

Na’îm ne put retenir ses larmes lorsqu’il se rappela de son cheikh Ossama ben Laden. Il leva les mains pour demander à Dieu de lui pardonner et lui faire miséricorde, et lut la sourate al-Fatiha (sourate d’ouverture du Coran) pour que son âme repose en paix. Il dit qu’il avait pleuré Ben Laden à deux reprises : la première dans un débat sur une chaîne satellite, et la seconde lors de cet entretien. Parce qu’il le considère comme un homme rare, un Moujtahid, et que c’est lui qui avait tué le chef afghan Ahmad Chah Mas’oud. «J’étais hébergé chez lui à al-‘Azîziyya pendant l’accomplissement du petit pèlerinage, et je l’ai accompagné au Soudan et en Afghanistan ». Il raconte qu’il n’avait confiance pour sa garde personnelle qu’en les Saoudiens et les Yéménites. Il affirme que l’Amérique ne l’a pas tué, mais que c’est lui qui s’est fait exploser après qu’ils l’aient encerclé. C'est pourquoi ils n’ont pas obtenu son cadavre. Il a obtenu cette information par son beau-frère, un Egyptien de la ville de Mansoura, capitale du gouvernorat de Daqahliya, au nord-est du Delta. On lui a rapporté de la femme d’Ossama que celui-ci portait une ceinture d’explosifs depuis des années qu’il n’enlevait que pour aller dormir ou se laver.

Une autre déclaration surprise : le fait que l’idée de faire exploser les deux tours du World Trade Center à New York aux Etats-Unis venait d’une tentative ratée de faire exploser l’ambassade d’Israël en Egypte. Na’im dit : « Nous avons pensé en Afghanistan frapper l’ambassade d’Israël en Egypte par le biais d’un avion de fumigation bourré d’explosifs et piloté par un kamikaze. Et de fait, nous avons trouvé l’avion, et nous avions dans l’organisation un frère qui pilotait un F16 et qui accomplissait des missions de protection des navires traversant le Canal de Suez. Il affirma qu’il était prêt à réaliser cette tâche, mais malheureusement, il raconta cela à l’un de ses proches amis, qui le dénonça, et l’opération échoua ».

 

L’attaque de Manhattan

Lorsque Khâled Cheikh Mohammad, l’un des planificateurs des événements du 11 septembre, entendit cette idée, il suggéra à Ben Laden de détourner un certain nombre d’avions en prenant leurs passagers en otages, et de les envoyer sur les deux tours du World Trade Center, sur le Pentagone et ailleurs. L’objectif de l’opération n’était pas de faire tomber les deux tours, mais de tuer les passagers, pour que l’administration américaine réponde favorablement aux demandes de l’organisation par la suite, si elle prenait à nouveau des otages. La cause motrice de cette attaque était l’embargo américain contre l’Irak, après un rapport des Nations unies faisant état de 600000 enfants irakiens décédés du fait de l’impossibilité d’importer des vaccins. Le rapport circula à l’intérieur des camps d’Al-Qaeda et cela attisa le désir de vengeance de ses membres. C’est ainsi que 200 parmi eux de nationalités différentes se portèrent volontaires pour des opérations suicides, selon le souhait de Ben Laden, parmi lesquels figurait Mohammad ‘Ata, l’un des exécutants de l’opération.

Et de poursuivre : « L’un des frères qui était ingénieur de génie civil suggéra à Ben Laden de frapper la tour à partir de son tiers supérieur, plutôt que de tuer les passagers, car cela provoquerait son effondrement du fait que ses murs étaient en acier et non pas en béton et reposaient sur des amortisseurs, ce qui signifie que cela entraînera une secousse terrible et l’effondrement de la tour.

A la question : pensez-vous que cet événement relève du Djihad (guerre sainte) alors qu’il a coûté la vie à des civils innocents, ce qui a terni l’image de l’islam en Occident, et conduit l’Amérique à déclarer la guerre aux musulmans dans de nombreux pays ?

Il répond qu’il était contre le meurtre de civils quels que soient les crimes de leurs gouvernements, car le citoyen n’est pas responsable de ces crimes, mais que ce qui est arrivé était une réaction au meurtre par l’Amérique de 300 000 civils, enfants comme femmes, au Japon par le lancer de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, ainsi que des enfants d’Irak par l’embargo sur le matériel médical. Il affirme que les politiques américaines de parti pris en faveur d’Israël suffisent à convaincre les extrémistes de rejoindre les organisations terroristes, surtout que les preuves religieuses ne suffisent pas à persuader de la nécessité des opérations suicides, qui ne sont utilisées que pour les justifier.

 

Les Frères et la récolte amère

Concernant son opinion sur la Confrérie des Frères musulmans, il affirme que c’est l’un des pires groupes apparus dans l’histoire, car ce sont des criminels politiques. Ils travaillent dans le seul intérêt d’Israël, et protègent sa sécurité. Il argumente par les propos de ‘Abbâs al-‘Aqqâd à Hassan al-Bannâ, fondateur de la confrérie, dans un article publié dans la revue « al-Assâs », à savoir que le but de l’organisation des Frères est de consacrer le projet sioniste en Palestine. Malgré cela, il ne les considérait pas comme incroyants, et ce fut la raison de son refus d’imprimer le livre « La récolte amère » d’Ayman az-Zawâhirî dans lequel il les déclare incroyants.

Concernant la répétition de l’expérience de l’organisation du Djihad en Egypte avec l’évolution technologique impressionnante, il affirme que les choses ont beaucoup évolué et que les moyens de communication permettent de recruter un plus grand nombre d’éléments, alors qu’auparavant, les capacités de recrutement étaient individuelles. Outre le fait que l’Internet permet aujourd’hui de fabriquer une bombe chez soi.

Parmi les anecdotes qui montrent comment convaincre les éléments des organisations djihadistes de collaborer avec les services de sécurité comme une étape vers leur démantèlement, citons celle de ‘Abd al-Qawi, que la sûreté d’Etat a réussi à enrôler dans le gouvernorat d’Alexandrie, en le convainquant qu’il était préférable qu’il révèle l’identité de ses camarades avant l’exécution de leurs opérations que de les arrêter après, car cela réduirait les peines prononcées contre eux. Le responsable de l’organisation en Egypte à cette époque (1977-1980) était un certain Moustafa Yousri, après qu’il ait restructuré l’organisation suite aux événements de la Faculté technique militaire et qu’il ait pu obtenir une caisse volée à l’armée contenant des bombes. ‘Abd al-Qawi s’empressa alors d’informer la police à propos de cette caisse, du fait que la peine encourue ne serait alors que de quelque mois de prison, alors qu’après l’opération, elle pourrait atteindre la peine de mort ou la prison à vie.

 

Je suis mort à Lâzûghlî

Au milieu des souffrances de la torture, peuvent se produire des situations amusantes. C’est ainsi que Na’îm raconte que, alors qu’il était torturé au siège de la sûreté de l’Etat place Lâzûghlî en 1992, il perdit connaissance. L’un des éléments de l’organisation qui se trouvait par hasard dans les lieux à ce moment-là le vit et pensa qu’il était mort sous la torture. Il en informa ses camarades dans la prison, qui firent pour lui la prière funéraire pour le défunt absent. Le journal Ach-Cha’b publia alors la nouvelle de sa mort le jour suivant, et son frère envoya un fax au bureau de l’ex-président Hosni Moubarak. Le fax fut reçu par Zakaria ‘Azmi, alors chef du cabinet présidentiel. Il le transmit au président qui ordonna une enquête sur l’incident après s’en être assuré. La présidence téléphona alors à Lâzûghlî pour s’assurer du décès, et le président envoya un émissaire pour visiter Na’îm en prison et s’enquérir de son état. Et à partir de ce moment, il ne fut plus torturé, jusqu’à sa sortie de prison en 2011, suite à la révolution de janvier. Sachant qu’il avait été torturé pendant 4 mois, dont 40 jours de torture continue.

 

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