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Abdel Rahim Ali
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Macron, la stratégie du silence en question

jeudi 06/décembre/2018 - 04:36
La Reference
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Le chef de l'Etat n'a pas pris la parole depuis les violences du 1er décembre, laissant Edouard Philippe en première ligne. Jusqu'à quand?

Une sévère reprise en main. Moins de 48 heures après l'annonce d'un moratoire sur la hausse de la fiscalité sur les carburants, l'Elysée a tranché dans le vif: exit la suspension pendant six mois de la taxe carbone, la mesure est tout simplement "annulée" pour 2019. Ce geste envers les "gilets jaunes", aux airs de désaveu pour Edouard Philippe, n'a toutefois pas été annoncé publiquement par Emmanuel Macron. L'information a été dévoilée mercredi soir par la présidence de la République et confirmée dans la foulée par le ministre de l'Ecologie François de Rugy. 

La dernière intervention d'Emmanuel Macron remonte à samedi. En déplacement à Buenos Aires pour le G20, Emmanuel Macron s'était borné à dénoncer les violences commises à Paris, à écarter tout "recul", puis avait refusé de répondre aux questions des journalistes. Depuis, silence radio. Le président de la République privilégie les déplacements -très verrouillés- sur le terrain, sans prise de parole, sur le thème de l'ordre public. Dès son retour d'Argentine dimanche, il est allé constater les dégâts autour de l'Arc de Triomphe - en partie sous les huées-, a rencontré les pompiers et les forces de l'ordre et s'est fendu de deux tweets pour les remercier de leur action le 1er décembre. 

Cette semaine s'inscrit dans cette lignée. Lundi: déjeuner surprise avec les CRS . Mardi: visite non annoncée à la préfecture incendiée du Puy-en-Velay, la encore chahutée par des gilets jaunes. Confronté à la plus grave crise depuis le début de son quinquennat, le président tente de restaurer sa posture régalienne par l'image et laisse son gouvernement en première ligne.  

 

Ciblé par une partie de la majorité, Edouard Philippe se place en bouclier du président de la République. Voire en fusible, conformément aux institutions de la Ve République. Le chef de gouvernement a reçu lundi les chefs de parti, a annoncé mardi un moratoire sur plusieurs mesures, notamment fiscales, avant de défendre ce recul mercredi à l'Assemblée nationale. A lui, encore, de mettre les mots sur la colère sociale qui gagne le pays. "Il prend tous les coups", résume un député de la majorité.  

Un président en surplomb, un Premier ministre dans la mêlée. La répartition des rôles obéit à une logique institutionnelle. Elle cadre moins avec la crise actuelle: Emmanuel Macron est la première cible des "gilets jaunes" et le niveau inédit des violences pourrait justifier une intervention présidentielle. Dans la majorité, certaines plaident pour une prise de parole du chef de l'Etat. "Le président de la République va devoir s'exprimer, a affirmé ce mardi sur BFMTV la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault. Je suis persuadé qu'il y a dans ce pays une demande de justice sociale plus grande et un besoin d'ordre et de respect des institutions." 

Calmer la grogne populaire et rassurer France silencieuse: le défi relèverait de la responsabilité directe du chef de l'Etat, estiment plusieurs voix de la majorité. "Le discours d'Emmanuel Macron du 27 novembre [sur la transition énergétique] n'a pas été bien entendu par les Français, glisse la députée LREM des Hauts-de-Seine Lauriane Rossi. Le président doit s'adresser directement aux Français sans trop tarder. Il y a certes les gilets jaunes mais aussi des Français choqués par les violences, qui ont à coeur que le président apporte une réponse."   

Pour dénouer la crise, un député LREM souhaite un "dialogue direct" entre le président et les gilets jaunes. Quitte à convoquer la dernière campagne présidentielle. "Emmanuel Macron excelle dans le dialogue et dans le face-à-face. Ça avait payé à Whirpool dans l'entre-deux-tours. Il est bon dans cette configuration, et moyen derrière un bureau. Il gagnerait à être plus visible." L'absence d'interlocuteurs identifiés rend toutefois complexe cette hypothèse. En témoigne le camouflet infligé par certains gilets jaunes à Edouard Philippe, qui ont séché un rendez-vous à Matignon. "Si Emmanuel Macron tend la main aux gilets jaunes et que personne ne répond, ce sera interprété à nouveau comme une humiliation, juge le député LREM des Yvelines Fabien Gouttefarde. Il faut préserver l'institution présidentielle." 

Une prise de parole présidentielle n'est enfin jamais sans risques. Il s'agit d'un fusil à un coup. L'échec est interdit. A 72 heures de l'acte 4 de la Mobilisation des gilets jaunes, l'incertitude règne sur l'ampleur des manifestations samedi et l'Elysée dit redouter "une très grande violence". Dans ces conditions, le chef de l'Etat pourrait attendre de voir la tournure des événements avant de s'exposer. "S'il parle avant samedi et que ça dégénère, il aura parlé pour rien", estime le patron des sénateurs LREM François Patriat.  

Emmanuel Macron, président de la Ve République française

         "Les gens souligneraient qu'il ne tient pas son pays", abonde le député de l'Eure Bruno Questel. Maîtriser le tempo et ne pas intervenir à contretemps: cette exigence est essentielle pour Emmanuel Macron. "Ce n'est pas absurde d'attendre de voir comment ça va se passer samedi. Il faut attendre de voir quelle tournure ça va prendre", conclut la députée de l'Hérault Coralie Dubost. Dans cette logique, un cadre du groupe LREM prône une intervention en surplomb. "Sa parole est nécessaire pour rappeler les valeurs républicaines et le fonctionnement des institutions." 

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