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Pour le Nouvel An, Paris met à l'honneur ses militaires engagés contre l'EI

lundi 31/décembre/2018 - 05:21
La Reference
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La ministre française des Armées Florence Parly est arrivée lundi en Jordanie pour fêter le Nouvel An avec les militaires engagés dans la lutte antijihadiste, une manière d'afficher la volonté de Paris d'"achever le travail" avant le retrait annoncé de l'allié américain de Syrie.

Après un passage à Amman, où elle doit s'entretenir avec le Premier ministre jordanien Omar al-Razzaz, Mme Parly est attendue en fin de journée sur la base aérienne projetée "H5" depuis laquelle des avions de chasse français opèrent contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie voisine, dans le cadre de l'opération Chammal (volet français de l'opération internationale contre l'EI en Irak et en Syrie).

"L'annonce impromptue du retrait américain du Levant a causé énormément d'interrogations", a déclaré Mme Parly à quelques journalistes avant d'atterrir en Jordanie. La ministre a changé de destination pour le Nouvel An lorsque Donald Trump a annoncé mi-décembre le départ des 2.000 soldats américains stationnés en Syrie, prenant de court ses alliés.

"Je souhaite redire à nos soldats que la France est engagée depuis longtemps dans la lutte contre le terrorisme et que nous ne partageons pas complètement l'analyse du président Trump: nous considérons que cette lutte contre Daech (un acronyme arabe de l'EI, ndlr) n'est pas tout à fait finie. Notre priorité, c'est de la poursuivre pour la terminer", a expliqué la ministre française.

"J'ai l'espoir que ce travail puisse être achevé. Il faut utiliser de façon efficace le laps de temps qui nous sépare d'un retrait effectif, dont nous ne connaissons pas encore la date", a-t-elle insisté.

Après avoir conquis de vastes territoires en 2014 en Syrie, l'EI a essuyé de nombreux revers ces deux dernières années sous le coup d'offensives distinctes menées par l'armée syrienne et ses alliés ainsi que par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance arabo-kurde soutenue par la coalition internationale emmenée par Washington.

Mais le groupe jihadiste conserve quelques réduits dans l'est de la Syrie et demeure capable de commettre des attentats meurtriers à travers le monde.

- Calendrier incertain -

Or il paraît très difficile d'éradiquer pour de bon l'organisation ultra-radicale sans le concours des Etats-Unis, auteurs à eux seuls de près de 90% des frappes contre l'EI, admet le gouvernement français.

Paris mobilise 1.200 militaires au profit de la coalition antijihadiste via des opérations aériennes (5 à 10% des frappes), de l'artillerie, des forces spéciales en Syrie et des sessions de formation de l'armée irakienne.

"Les Etats-Unis jouent un rôle très important comme chef d'une coalition internationale, permettant à nos propres moyens de guider nos tirs. Il n'est pas évident qu'il soit réaliste ou efficace" de continuer sans eux, a reconnu Mme Parly.

"Les Américains ont mis une part très importante des moyens critiques, qu'il s'agisse du renseignement, des capacités de ciblage, de ravitaillement aérien etc", détaille-t-on dans l'entourage de la ministre.

Mais "le calendrier de retrait américain n'est peut-être pas incompatible avec le fait de s'emparer des derniers territoires de Daech, s'il est suffisamment long et l'avancée des forces kurdo-arabes suffisamment rapide", selon un haut gradé français.

Autre épine dans le pied de la France: la question du sort des jihadistes étrangers, notamment européens, retenus prisonniers par les forces kurdes syriennes qui menacent de les libérer s'ils sont lâchés par leurs alliés, au moment où la Turquie a menacé de lancer une offensive contre eux.

"La coalition emmenée par les Etats-Unis s'est appuyée massivement sur les Kurdes comme opérateurs au sol. Leur sort est un sujet d'inquiétude majeur. Ensuite se posent d'autres questions sur le devenir d'un certain nombre de prisonniers qu'ils détiennent", a dit Mme Parly.

"Il y a parmi ces prisonniers des individus qui ont dans le passé menacé la France et qui sont susceptibles de rentrer en Europe pour y commettre des attentats", confiait récemment à l'AFP Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du terrorisme (CAT), basé à Paris.

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