Rédacteur en chef
Abdel Rahim Ali
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Corée du Sud : Al-Azhar a un rôle officiel dans ce pays, et l’Etat combat l’extrémisme et soutient le soufisme

lundi 07/janvier/2019 - 12:23
La Reference
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L’islam est peu répandu en Corée du Sud, et le nombre de musulmans est estimé à quelque 200 mille personnes, soit 0,4% du total des habitants, nombre d’entre eux étant des émigrés de pays musulmans ou de pays où les musulmans sont en grand nombre, tandis que les autres sont des Coréens convertis[i].

Le petit nombre de musulmans dans ce pays vient de l’ignorance par les Coréens des règles correctes de l’islam, ainsi que de l’importance dans les médias des informations relatives aux groupes de l’islam politique comme al-Qaïda et Daech, ce qui a conduit à donner une image négative de l’islam. Il faut aussi mentionner les mises en garde de certains groupes religieux non musulmans contre le danger des musulmans, de la diffusion de la nourriture « halal » ou de l’islamisation des familles par le biais du mariage des jeunes filles coréennes avec des musulmans. Tout cela a contribué à semer la peur de l’islam chez les Coréens[ii].

Malgré cela, on trouve en Corée du Sud huit mosquées et un petit nombre de centres islamiques dispersés en divers endroits du pays, dont la capitale Séoul, la ville de Busan et autres.

Les rapports officiels indiquent par ailleurs que le gouvernement de Corée du Sud a dépensé 200 millions de wons (175000 dollars) pour la construction de lieux de prière pour les musulmans dans les lieux touristiques, et le pays vise à attirer davantage de touristes musulmans[iii].

Contributions arabes

Certains pays arabes ont contribué à répandre l’islam en Corée du Sud. C’est ainsi que l’Arabie saoudite a octroyé des bourses d’études à la première génération de musulmans coréens, comme Abdel Rahman Li Ju Hwa, qui est devenu le premier imam de Corée du Sud, après avoir étudié à l’Université de Médine[iv].

L’Arabie saoudite a contribué aussi à répandre l’islam par le biais des mosquées, comme la Mosquée centrale de Séoul, la première à avoir été construire, en 1976.

L’école islamique de l’émir Sultan a été logée aux 2e et 3e étages de la mosquée. Elle est supervisée par le Centre de recherche islamique, et donne des cours de religion en trois langues : arabe, anglais et coréen.

La Libye a contribué, quant à elle, à la construction de la Mosquée Busan al-Fatah en 1980, qui, à côté de la salle de prière, dispense des cours d’informatique, de langues arabe et anglaise, et de religion.

Notons que les cours de religion sont donnés le dimanche et non pas le vendredi, pour permettre aux Coréens non musulmans d’y assister, ce qui est l’un des buts déclarés de la mosquée.

Celle-ci est considérée comme le seul centre islamique de Busan, et le plus grand du nord-est de la Corée du Sud. C’est pourquoi il sert, outre Busan, les gouvernorats de Daegu et d’Ulsan, et est visité chaque année par 25000 musulmans.

Citons aussi le Minhaj Islamic Centre dans la ville de Suwon au nord-ouest de la Corée du Sud, fondé par l’organisation internationale Minhaj-ul-Qoran présidée par le Dr Mohammad Taher al-Qadri, personnalité soufie éminente du Pakistan.

Notons que l’organisation Minhaj-ul-Qoran jouit de liens étroits avec l’Union internationale des diplômés d’al-Azhar, et supervise la branche de l’Union au Pakistan, inaugurée en 2010, sous le patronage du cheikh Ahmad at-Tayyeb alors recteur de l’Université al-Azhar. L’organisation vise ainsi à diffuser la pensée azharie modérée dans les divers pays du monde, par le biais des étudiants d’al-Azhar dans ces pays.

Le Minhaj Islamic Centre se soucie de diffuser les cours des cheikhs de l’Union internationale dans divers pays du monde, ce qui indique qu’il œuvre à protéger la Corée du Sud contre la pensée extrémiste par le biais des conceptions soufies.

Citons encore l’Association des étudiants musulmans de Corée du Sud, qui est une association caritative qui regroupe les étudiants des universités et des écoles, pour les mettre en relation les uns avec les autres, et organise des conférences pour présenter la science religieuse correcte aux musulmans.

L’Association s’occupe aussi de donner des cours d’arabe, d’anglais et de coréen, et invite des oulémas de divers pays.

Malgré le fait que l’Association ne définisse pas son idéologie clairement, il est possible de la connaître en constatant qu’elle a invité le Dr Anis Mohammad, premier doyen de la Faculté des Fondements de la religion à l’Université islamique internationale du Pakistan, où a enseigné le cheikh d’al-Azhar Ahmad at-Tayyeb, et qui jouit de liens scientifiques étroits avec l’Université al-Azhar et l’Université islamique de l’imam Mohammad ibn Sa’oûd à Riyad.

L’Association organise diverses activités caritatives et, à la différence des autres associations de ces régions, elle annonce clairement sur ses pages officielles sur les réseaux sociaux la nature de ses activités et les bénéficiaires, et publie des photos de ces dernières, comme elle l’a fait le 15 août 2018 à l’occasion de la collecte de fonds pour les citoyens yéménites dans l’île de Jeju, victimes des affres de la guerre du Yémen, en publiant 20 photos des événements de la campagne.

Citons aussi le Centre islamique coréen de la ville de Daejon, au centre de la Corée du Sud, qui est la cinquième plus grande ville du pays. Ce centre se charge de diffuser en direct des cours de religion en coréen, et il est visité par des étudiants de divers pays islamiques auxquels il fournit des aides matérielles et divers services.

Il faut encore mentionner le Jeju Islamic Centre, situé dans la province de Jeju, fondé par Kim Dae-Yong en 1994, qui vécut 12 ans au Qatar, où il étudia la loi islamique à l’Université du Qatar. Il voyagea également dans 320 villes de 85 pays pour connaître la culture islamique.

Il apparaît par ailleurs sur la page officielle du Centre sur Facebook que Kim Dae-Yong supervise tous les programmes du Centre, et la nature religieuse de toutes ses activités est bien visible, qu’il s’agisse de l’accomplissement de la prière, des cours de religion ou des repas de rupture du jeûne de Ramadan pris avec les visiteurs du Centre.

En conclusion, la Corée du Sud a sans doute pris conscience du danger des groupes de l’islam radical adoptant des idées extrémistes, et c’est pourquoi elle a permis la propagation des mosquées et des centres islamiques qui se réfèrent aux idées de l’institution al-Azhar, phare de la modération dans le monde islamique. Cela a été possible par le recours à des groupes en relation avec l’administration d’al-Azhar, ou en permettant à des individus ayant étudié dans cette institution d’assumer la responsabilité d’enseigner à des musulmans dans ce pays.

De même, l’autorisation accordée à une organisation d’origine soufie de s’installer légalement en Corée du Sud indique la compréhension par l’Etat coréen de l’importance de la pensée soufie modérée pour affronter les idées extrémistes des groupes radicaux. En effet, cette pensée est essentiellement spirituelle et caractérisée par son acceptation de l’autre et son refus de la condamnation de tous ceux qui pensent différemment, comme c’est le cas des groupes de l’islam politique.

 

 



[i] Ben Jackson, How Influential is Islam In south Korea? Available at https://bit.ly/2QRZ4kw.

[ii] Ben Jackson, Op. Cit.

[iii] Miranda Mazariegos, South Korea courts Muslims to fill tourism gap, Available at https://bit.ly/2F4ss1A.

[iv] Kim Young Deok and Yoon Sojung, Korean Imam talks about Islam in Korea, Available https://bit.ly/2ENa5gN.

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