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Conseiller éditorial
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Erdogan le tyran… traître à ses amis

jeudi 07/février/2019 - 02:17
La Reference
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Lorsque nous examinons l’histoire du président turc Recep Tayyip Erdogan et de ses relations avec ses alliés politiques, nous trouvons que c’est le qualificatif de « traître » qui convient le mieux à cet homme, car il a œuvré à exploiter tous ceux qui l’entouraient pour parvenir à ses fins, en tant que dictateur du pays, avant de les trahir, et de les marginaliser au niveau politique.

 

Erbakan… C’est ainsi qu’Erdogan s’est débarrassé de son maître

En public, Erdogan se présentait comme « l’élève de Necmettin Erbakan », le politicien turc éminent, de façon à gagner le soutien et la sympathie du peuple turc, qui soutenait Erbakan.

Mais dans les coulisses, Erdogan tenta de concurrencer son maître, mordant ainsi la main qui l’avait nourri, et il fit tout ce qu’il put pour déclencher une guerre interne dans le Parti ar-Rifah wa al-Fadila (Prospérité et Vertu) qui les avait réunis durant le siècle dernier, et Erdogan lui-même se présenta aux membres du Parti comme plus démocrate, et plus apte à gagner les voix du courant laïc que son maître Erbakan, et cela après son élection au poste de maire d’Istanbul.

Cela ne fut pas la seule trahison d’Erdogan contre son maître, et il oeuvra à exploiter le putsch militaire « doux » de 1997, qui renversa Erbakan, alors premier ministre, et Erdogan se présenta alors comme plus apte qu’Erbakan à traiter avec l’institution militaire turque.

Le traître Erdogan exploita alors la colère dans les rangs d’Ar-Rifah wa al-Fadila, après que ses membres eurent été jetés en prison suite au putsch, et lui qui se qualifie de « calife des musulmans « devant les membres du Parti, a déclaré que les politiques religieuses rigoristes d’Erbakan étaient un danger pour le Parti, et expliquaient la colère répétée de l’armée turque.

Erdogan ne s’est pas arrêté à cette traîtrise, en niant les bienfait de son maître à son égard, et il s’est séparé de son parti, portant ainsi un coup dur à l’organisation interne du Parti Al-Fadila wa ar-Rifah, et fondant un nouveau parti, « Al-Adala wa at-Tanmiya » (Justice et Développement), en exploitant la décision de la Cour constitutionnelle de fermer le Parti Al-Fadila wa ar-Rifah en 2001.

Erdogan décrivit son maître en 2010 comme « l’homme qui a volé les gloires du parti », avant qu’Erbakan ne révèle au monde le vrai visage de son élève, en considérant qu’Erdogan était « le trésorier des sionistes » et « apportait une aide aux forces étrangères qui dominent le système mondial ».

Et alors qu’Erdogan n’apporta aucune preuve aux accusations portées contre son maître Erbakan, ce dernier, lui, justifia les siennes, en montrant qu’Erdogan avait donné son accord à l’octroi à Israël de la qualité de membre à part entière de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), malgré sa capacité à utiliser son droit de véto, outre la signature de contrats avec des sociétés militaires israéliennes pour des milliers de dollars.

C’est ainsi qu’Erdogan réussit à vaincre son maître Erbakan et qu’il put l’éloigner définitivement de la vie politique du pays, pour pouvoir réaliser son rêve de devenir premier ministre de Turquie.

 

Gül… Erdogan trahit son grand ami

Erdogan s’empara du poste de premier ministre, mais ce n’était pas son véritable rêve, car il cherchait à imposer son autorité à l’ensemble de la Turquie. C’est pourquoi il n’était pas satisfait du régime parlementaire en vigueur dans le pays. Car il souhaitait être le seul dirigeant de la Turquie, ce qui ne pouvait se réaliser dans ce cadre politique.

Or, le seul obstacle face à Erdogan pour réaliser cela était le président turc Abdallah Gül, qui était son ami intime et son compagnon de route depuis la fondation du Parti al-Adala wa at-Tanmiya. Nombreux sont ceux qui estimaient impossible qu’il trahisse cet ami, mais Erdogan était déterminé à réaliser son rêve à tout prix, même s’il devait pour cela faire preuve d’immoralité et trahir tous ses amis, y compris celui qui l’avait aidé à sortir de prison et à devenir ministre des Affaires étrangères, avant de lui céder sa place de premier ministre.

Malgré cela, le traître Erdogan n’a cessé d’œuvrer pendant 12 ans à réduire les prérogatives de Gül, et à transformer progressivement le système politique dans le pays en régime présidentiel, lui permettant d’obtenir les pleins pouvoirs.

Les différends entre les deux hommes ont commencé en 2013, lorsque Gül envisagea d’engager un dialogue avec les manifestants de la place Taksim, tandis qu’Erdogan considérait que la seule solution était la répression.

Avant que les différends ne réapparaissent à nouveau à propos de la politique étrangère de la Turquie, car Ergodan se considérait comme le calife des musulmans, et il voulait répandre son venin à l’intérieur des pays arabes, surtout ceux qui s’étaient révoltés contre le groupe terroriste des Frères musulmans, comme l’Egypte et la Libye.

A l’opposé, Gül considérait qu’il était nécessaire de modifier la politique étrangère du pays et s’abstenir d’intervenir dans les affaires des autres pays, en jugeant que la Turquie avait perdu de nombreux alliés au Moyen-Orient du fait des orientations erronées d’Erdogan.

C’était là le principal point de discorde entre les amis d’hier, Erdogan ayant qualifié son ami de « traître, lâche, hésitant, et attaché à ses intérêts personnels », avant de lancer une campagne d’arrestations contre les proches de Gül, dans le but de l’éloigner de la politique.

 

Davutoglu… fait revenir la Turquie sur le devant de la scène et Erdogan l’écarte

Davutoglu occupa le poste de ministre des Affaires étrangères sous la présidence d’Ergodan pendant plusieurs années, durant lesquelles il parvint à améliorer l’image de la Turquie grâce à une politique de zéro conflit, dans le but de supprimer les problèmes entre l’Etat turc et ses voisins et de permettre à la Turquie de devenir un acteur efficace dans les crises internationales. Et bien que cette politique ait finalement échoué, elle a été efficace pendant un certain temps, et Davutoglu obtint le poste de premier ministre en guise de récompense, lorsqu’Erdogan parvint à la présidence de la République en 2014.

Erdogan commença alors à chercher à se débarrasser de son allié d’hier et l’un de ses plus éminents auxiliaires, de crainte de voir la popularité de Davutoglu augmenter, lui qui avait redonné à la Turquie son lustre en politique étrangère. Et il se mit à attaquer le gouvernement en 2015, suite à son échec sur le dossier kurde.

Les différends se manifestèrent à nouveau lorsque Davutoglu donna son accord à la candidature de Hakan Vidan, chef des services de renseignements turcs, aux élections parlementaires. Et lorsqu’Erdogan refusa, cela donna lieu à un conflit entre les deux parties, dont l’intensité augmenta lorsque le Parti Al-Adala wa at-Tanmiya ne parvint pas à obtenir une majorité suffisante pour former le gouvernement.

Davutoglu refusa aussi la transformation du régime parlementaire en régime présidentiel, et ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Car Erdogan voulait ainsi imposer son autorité sur le pays, tandis que Davutoglu considérait qu’Erdogan trahissait ainsi tout le monde.

Et en 2016, Davutoglu annonça sa démission de son poste de premier ministre, après qu’Erdogan eut modifié le système politique, et expliqua que sa démission six mois avant la fin de son mandat était due au fait que « le pays traversait une période sombre en matière de politiques étrangère et intérieure, et une situation de répression politique ».

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