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Les preuves sur l'innocence des érudits musulmans de déclarer apostats les gouvernants et les gouvernés

mardi 19/juin/2018 - 01:38
La Reference
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Islam Mohamed

Le livre « L’innocence des érudits musulmans du fait de déclarer apostats les gouvernants et les gouvernés », d'Abdallah Haggag, remet en cause les fondements idéologiques des groupes terroristes et islamistes violents. L’ouvrage de 44 chapitres et de 330 pages, est composé de trois axes principaux. Le premier explique les principes dAhl Al-Sunna wal Djamaa, le deuxième aborde le Takfir (déclarer autrui apostat) et le troisième axe parle, quant à lui, de la promotion de la vertu et de la prévention du vice.

L’auteur a mis à profit l’existence de principes idéologiques communs entre Ahl Al-Sunna wal Djamaa et les groupes terroristes pour délégitimer ces derniers, et saper leur idéologie, et ce en se basant sur des interprétations historiquement reconnues du Coran et du hadith. Abdallah Haggag essaye de démanteler la pensée terroriste et de démentir les prétentions selon lesquelles les dirigeants des groupes extrémistes détiennent « la légitimité et la force spirituelle ».

Dans le premier axe, l'auteur explique la doctrine d’Ahl Al-Sunna et leurs méthodes de déduction. Il consacre plusieurs chapitres aux autres groupes islamiques qui sont en désaccord avec Ahl Al-Sunna, soulignant les différences qui existent entre eux. Il accorde une attention toute particulière aux Kharijites, en expliquant leurs débuts, leurs croyances et leurs pratiques les plus importantes. Puis il avance des preuves pour montrer que cette secte est en contradiction avec la tradition authentique du Prophète (sunna). Haggag considère en effet que les mouvements takfiris modernes sont « le prolongement idéologique de la pensée kharijite, basée sur le fait de déclarer apostats les musulmans, de prendre les armes contre les gouvernants et de cibler les musulmans par des actes de violence et des assassinats.

L'écrivain montre que les groupes terroristes et les groupes takfiris sont en totale contradiction avec la méthode d’Ahl Al-Sunna de faire face aux erreurs des gouvernants et des gouvernés. Ahl Al-Sunna recommandent l’exhortation et le bon conseil tandis que les Kharijites prônent la violence comme seule méthode de contrer les erreurs des dirigeants et des musulmans en général.

L’auteur rétorque à certaines questions équivoques soulevées par les takfiris. Il répond à la question de savoir si, oui ou non, il faut déclarer apostat un gouvernant qui n’applique pas la loi islamique (Charia), en raison de son interprétation de la religion, ou même en raison de ses désirs personnels. Il n’est en aucun cas permis, selon l’auteur, de le déclarer apostat, tant que la constitution considère la Charia comme la principale source de législation.

L’auteur souligne également qu'il n’est pas légalement permis de critiquer publiquement le gouvernant, car il est le tuteur légal et lui obéir est une obligation. De même, les critiques publiques peuvent mener à des conflits nuisibles pour les musulmans qu’il s’agisse d’individus ou de communautés. L’auteur avance en guise de preuve ce hadith prophétique : « Celui qui veut conseiller un sultan, qu’il ne le fasse pas publiquement, mais qu’il le prenne à l’écart et le conseille. S’il accepte son conseil tant mieux, sinon, il aura fait son devoir ».

La violence dans le changement

L’auteur critique aussi les méthodes de changement violentes utilisées par certains groupes, considérant que « l’intolérance et le non-respect des principes moraux sont contre-productifs lorsqu’on ordonne le bien et proscrit le mal ».

L’auteur mentionne un certain nombre de versets coraniques et de hadiths, selon lesquels toute personne non musulmane qui entre dans un pays non musulman, et qui est autorisé à y travailler ou à y pratiquer le commerce, est soit un pactisé (personne liée aux musulmans par un pacte), ou un protégé (bénéficiant de la protection des musulmans). Les deux ne peuvent être agressés d’une quelconque façon. Le Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui) a dit: « Celui qui tue un pactisé ne sentira pas l'odeur du paradis ».

« Celui qui ne respecte pas ces principes porte atteinte à l'Islam, et le montre comme une religion terroriste et traître », reprend l’auteur. Et de s’interroger : « Et si les pays dont les ressortissants se font assassiner réclamaient la loi du talion et demandaient l’application du principe de réciprocité ? Les musulmans se feraient alors tuer de même que les prédicateurs dans ces pays ».

L’ouvrage passe en revue les propos d’Ibn Taymiyya, et son élève Ibn Al-Qayem, qui sont des références historiques chez Ahl Al-Sunna wal Djamaa, en montrant qu'ils étaient contre les actes téméraires sous prétexte d’ordonner le bien et de proscrire le mal, ceci pour ne pas créer d'autres maux, comme la répression, qui amènent les musulmans et les non musulmans à répugner la Charia.

Haggag mentionne un certain nombre de fatwas du Cheikh Abdoul Aziz ben Baz, ancien Mufti d'Arabie Saoudite, dans lesquelles il compare aux Kharijites ceux qui, poussés par leur ferveur religieuse, se comportent de manière indisciplinée. En fait : « ils tombent dans un grand péché en rendant licite le sang illicite sous des prétextes de réforme et de vertu ».

Il cite également les écrits du grand érudit, Nasser Al-Albani, qui a mis en garde contre le recours abusif au takfir (fait de déclarer autrui apostat) contre les musulmans qui commettent des actes contraires à la religion, affirmant que commettre un acte est une chose, et déclarer quelqu’un apostat en raison de cet acte, en est une autre.

En réalité, de multiples excuses empêchent de déclarer le musulman apostat comme l’oubli et la contrainte. Il ne faut donc pas faire preuve d’exagération et juger apostat tout musulman qui commet un acte contraire à la foi islamique.

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