Président et rédacteur en chef
Abdel Rahim Ali
Conseiller éditorial
Roland Jacquard
ad a b
ad ad ad

Libye : le maréchal Haftar est-il devenu un problème français ?

mercredi 31/juillet/2019 - 12:34
La Reference
طباعة

Depuis le 4 avril, l'homme fort de l'Est libyen mène une offensive pour conquérir la capitale Tripoli, mais la découverte de missiles de l'armée française a relancé les spéculations sur la stratégie de Paris.

           

Au bout de quatre mois d'une offensive présentée comme une formalité par le maréchal Haftar pour conquérir Tripoli, ses troupes, autoproclamées armée nationale, sont désormais enlisées devant la capitale libyenne défendue par les forces du gouvernement d'union du Premier ministre Faïez Sarraj, seul reconnu par les Nations unies. Elles contre-attaquent en reprenant au début de l'été la ville de Gharyan, qui abrite un QG ennemi, à 80 kilomètres de Tripoli.

Où en est l'offensive de Haftar ?

Fin juillet, un de leurs avions détruit deux avions-cargos Iliouchine 76 ukrainiens sur la base d'Al-Joufra, à 600 kilomètres de Tripoli. Des appareils qui transportent des munitions et des mercenaires, selon les forces gouvernementales. Un stock de munitions et un drone auraient été bombardés dans cette opération. Idem pour l'armée d'Haftar, qui affirme avoir détruit un centre de commandement de drones à Mitiga, seul aéroport en fonction de Tripoli. En fait, derrière ses communiqués victorieux, l'armée d'Haftar marque le pas et a même perdu plusieurs zones.

Le nouveau coup de force, qui a commencé début avril pour s'emparer du pouvoir sur tout le pays, est un premier échec de l'officier rebelle qui plonge désormais dans l'embarras ses principaux soutiens : l'Égypte, les Émirats arabes unis et la France, qui a toujours affirmé depuis le quinquennat précédent avec le ministre Jean-Yves Le Drian, au nom de la lutte contre le terrorisme, qu'il ne pouvait pas y avoir de solution sans Khalifa Haftar. Sauf qu'aujourd'hui le bouillant septuagénaire présente un problème à ses « sponsors », en particulier à Paris où Emmanuel Macron, convaincu par son ministre, a poursuivi en Libye peu ou prou avec Haftar la même politique entamée sous François Hollande. Fournitures de renseignements tactiques, appuis de conseillers du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure, la DGSE, dans des opérations où trois agents ont perdu la vie en 2016 dans le crash d'un hélicoptère de l'ANL abattu par un tir ennemi. Officiellement, ils étaient engagés dans la lutte contre les terroristes, mais la « frontière » est quasi inexistante entre ce type de missions et l'intégration dans un dispositif militaire rebelle en pleine guerre civile entre milices, qui abriteraient des djihadistes disséminés dans les villes qu'elles contrôlent.

Comprendre la géopolitique française

Un appui sur le terrain prolongé par un autre, celui-ci moins discret, sur le plan politique et diplomatique. En le recevant à Paris, le président Macron et son ministre Le Drian ont donné une visibilité et une nouvelle dimension sur le plan international au maréchal jusqu'ici cantonné à la fonction de janissaire contre les islamistes. Un soutien sans faille mal dissimulé derrière une neutralité officielle censée ramener la paix en discutant avec l'autre camp, celui du chef du gouvernement de Tripoli Fayez el-Sarraj. En Europe, mais aussi dans les médias arabes, en Turquie, grand soutien du gouvernement de Tripoli avec le Qatar, la France a beau nier, elle est accusée de mener un double jeu. Présentée comme un rempart face aux groupes terroristes qui menaceraient l'Hexagone depuis la Libye, Haftar a été reçu plusieurs fois, et soigné, à Paris après de multiples visites de Jean-Yves Le Drian à Benghazi, la grande ville de l'Est, d'où le maréchal lance ses offensives.


"