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“L’islam et les fondements du pouvoir”: un livre qui prouve que le califat est un grand mensonge

dimanche 15/juillet/2018 - 06:36
La Reference
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Hana Qandil

 

Le livre « l’islam et les fondements du pouvoir » du cheikh Ali Abder-Raziq, est l’un des livres les plus importants révélant les méthodes vicieuses des groupes takfiristes pour dominer les esprits, recruter des adeptes, et réaliser les buts politiques pour lesquels ils obtiennent des financements.

Une première lecture du livre « l’islam et les fondements du pouvoir » montre qu’il vise à prouver que l’islam est une religion spirituelle sans rapport avec la politique, qui fait partie des questions séculières dont il incombe aux gens de choisir les principes et les buts.

Le livre, publié en 1925, montre que la conséquence la plus importante de la séparation entre la religion et la politique est le fait que le système de gouvernement nommé « califat » n’a pas de lien avec les fondements religieux, mais est une institution séculière que les musulmans ont choisie d’un commun accord pour organiser les affaires de leur Etat. Par conséquent, il n’est ni refusé, ni exigé, ni recommandé, ni souhaitable.

Cette analyse du lien entre la religion et la politique, et en premier lieu, l’idée du système du califat, met en évidence les mensonges et les idées fausses que propagent les groupes takfiristes, en prétendant que le califat est une idée religieuse divine et que par conséquent, celui qui s’y oppose est un mécréant qui mérite d’être tué et privé du pouvoir !

Et naturellement, l’idée du fait de gouverner selon ce que Dieu a révélé (« hakimiyya ») est le fondement sur lequel sont basées la pensée extrémiste ainsi que les fatwas aberrantes de tous les jurisconsultes obscurantistes, théoriciens des troupes terroristes et takfiristes.

Le livre aborde trois questions : le califat et l’islam, le gouvernement et l’islam, et le califat dans l’histoire, et il a été influencé par la période où il a été publié, et qui a vu la chute du califat ottoman, la soumission des pays arabes et islamiques au colonialisme occidental et la division de l’héritage unifié du califat en Etats séparés par des frontières politiques artificielles.

 

La chute du califat

La chute du califat ottoman a provoqué un séisme qui a ébranlé les fondements des sociétés musulmanes, même si cette chute n’était pas une surprise et avait été prévue par tous ceux qui suivaient l’évolution de la situation à cette époque. A tel point que l’Etat ottoman avait été appelé alors « l’homme malade de l’Europe ».

Face à la réaction populaire manifestant de la tristesse suite à la chute du califat, al-Azhar appela ses ulémas à une conférence pour étudier la question du califat, conférence qui aboutit à la conclusion que la fonction du calife était indispensable pour les musulmans comme symbole de leur unité, et qu’il fallait que le calife regroupe les deux pouvoirs religieux et civil. Et ils choisirent tous le roi Fouad 1er d’Egypte comme calife des musulmans.

 

Ali Abder-Raziq répond

Au moment où avaient lieu les préparatifs d’intronisation de Fouad 1er comme calife des musulmans, basé en Egypte, le cheikh Ali Abder-Raziq publia son livre « L’islam et les fondements du pouvoir » pour mettre un terme à ces événements. Dans ce livre, il exprimait avec franchise l’idée selon laquelle le califat islamique n’était pas un fondement de la religion, et qu’aucune preuve du Coran ou de la Sunna n’affirmait l’obligation de choisir un calife ni la façon de le choisir.

Le cheikh Ali Abder-Raziq affirma que le califat avait été une calamité pour l’islam, et une source de maux et de corruption, selon les termes du livre. Ce qui provoqua une vague violente de colère contre lui et contre le contenu du livre, aussi bien dans ses idées générales que dans son détail.

Ayant entendu parler du livre et des idées qu’il contenait et qui allaient lui barrer la route du califat, le roi Fouad 1er intervint auprès des grands cheikhs et ulémas d’al-Azhar, exploitant leur colère contre le cheikh Abder-Raziq, et une série de verdicts sévères furent prononcés contre lui, et c’est ainsi qu’il fut démis de sa fonction et privé de sa qualité de membre du Comité des grands ulémas d’al-Azhar.

 

Examen approfondi

Abder-Raziq commence son livre en définissant le califat, indiquant que dans son sens linguistique, la racine arabe du terme « califat » signifie venir après quelqu’un, prendre sa place, assumer sa fonction, soit avec lui soit après lui.

Puis il définit le terme dans son sens usuel, à savoir : « le fait d’exercer l’autorité publique dans les affaires religieuses et séculières, à la place du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui), en expliquant que la place du califat chez les musulmans est comme celle du Prophète, et qu’il exerce une autorité privée et publique, et qu’il faut lui obéir extérieurement et intérieurement, selon le livre.

Il explique aussi que le calife tire son pouvoir de Dieu, tandis que certains ulémas considèrent qu’il le tire de la nation.

 

Négligence de la politique

Puis le cheikh Ali Abder-Raziq s’interroge dans son livre sur les causes véritables de l’absence d’intérêt des jurisconsultes musulmans pour la politique en général, et pour le pouvoir et sa gestion en particulier. Il affirme : « Bien que les ulémas n’aient laissé aucun sujet sans l’examiner, ils ont abordé la politique avec timidité : comment ont-il pu rester perplexes face à cette science et renoncer à l’étudier ? Comment ont-ils négligé d’examiner le livre de Platon « la République » et celui d’Aristote « la Politique », alors qu’ils ont été tellement séduits par celui-ci qu’ils l’ont nommé « le premier enseignant » ? Comment ont-ils pu accepter de laisser les musulmans dans une ignorance totale des principes de la politique et des types de gouvernements chez les Grecs, alors qu’ils les ont incités à étudier les méthodes grammaticales, et qu’ils les ont initiés aux conceptions du philosophe indien Baydaba dans le livre Kalila et Dimna ? Et qu’ils ont même combiné pour eux les sciences de leur religion avec la philosophie grecque et ce qu’il y a en elle de bon et de mauvais, de foi et d’incroyance ? »

Et d’ajouter : « Peut-être la raison de cette négligence de la politique est-elle la tyrannie du pouvoir et de l’autorité durant les siècles du califat, qui était en général protégé par les lances, les épées et les soldats armés jusqu’aux dents. C’est pourquoi il était naturel que le sultan se transforme en une bête sanguinaire et un diable rebelle s’il mettait la main sur celui qui tentait de lui désobéir et de miner son autorité. Et il était naturel dans ces conditions qu’il soit l’ennemi juré de toute recherche scientifique qu’il supposait pouvoir porter atteinte aux règles de son pouvoir, ou provoquer en soi un danger même lointain. D’où les pressions qu’il exerçait sur la liberté d’apprentissage des sciences et les instituts d’enseignement, et il ne fait pas de doute que la plus dangereuse de ces sciences était la science de la politique, et les califes devaient donc à tout prix empêcher les gens de l’étudier ».

 

Pas de califat en islam

Le cheikh Ali Abder-Raziq considère qu’il n’y a pas de preuve dans le Coran ou la Sunna de l’obligation du califat, affirmant : « Tout ce qui est mentionné dans les hadiths à propos de l’imamat, du califat et de l’allégeance ne prouve rien de plus que ce qu’a prouvé le Messie, lorsqu’il a mentionné certaines prescriptions légales à propos du gouvernement de César ».

Et le cheikh Ali Abder-Raziq confirme son idée, en disant : « Le califat n’est inclus en rien dans les objectifs de la religion, ni la judicature ni aucune des fonctions du pouvoir et des institutions de l’Etat, qui relèvent toutes de la sphère politique et n’ont aucun rapport avec la religion. Car celle-ci ne les a ni approuvées ni condamnées, ni ordonnées ni interdites, mais les a laissées à notre jugement, pour que nous nous référions sur ce sujet aux expériences des nations et aux règles de la politique. Et il en est de même avec l’organisation des armées islamiques, la construction des villes et des postes-frontières, ou le système des administrations, qui n’ont pas de rapport avec la religion et doivent être laissés à la raison et à l’expérience, ou soumis aux règles de la guerre et de la construction ou aux opinions des experts ».

Et il conclut : « Rien dans la religion n’empêche les musulmans de rivaliser avec les autres nations dans l’ensemble des sciences sociales et politiques, et de détruire ce système vétuste qui les a humiliés, et de construire les règles de leur pouvoir et de leur système de gouvernement sur les productions les plus modernes de l’intelligence humaine, et sur les fondements du pouvoir les plus solides prouvés par l’expérience des  nations ».

 

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