Rédacteur en chef
Abdel Rahim Ali
Comité des experts conseillers
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Al-Baghdadi, le leader immortel de Daech

jeudi 27/septembre/2018 - 08:10
La Reference
Ahmad ach-Chourbagui
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Dans son nouveau livre qui doit paraître aux éditions Stock le 3 octobre prochain sous le titre al-Baghdadi le calife de la terreur, Sofia Amara présente une image du fondateur et dirigeant de l’Etat islamique Abou Bakr al-Baghdadià travers des rencontres avec nombre d’ex-terroristes qui étaient en contactétroit avec l’organisation, outre des témoignages des membres des forces spéciales de l’armée irakienne, et d’un ensemble de reportages de journalistes spécialisés dans le suivi de l’activité de l’organisation. Al-Marga’ publie en exclusivité des extraits de ce livre avant sa parution.

 

Enfance

Sofia parle de l’enfance de cet homme dont la barbarie et le terrorisme sont sans précédent dans l’histoire de ces groupes, et affirme que son nom véritable est Ibrahim al-Badri, et qu’il est né à Samra à quelques centaines de kilomètres du nord de Bagdad, le 28 juillet 1971, dans une famille pauvre de la minorité sunnite à laquelle appartenait aussi Saddam Hussein.

Al-Baghdadi s’installe avec ses parents dans le quartier sunnite pauvre de Tabji au nord-ouest de Bagdad. Il aurait souhaité devenir avocat, mais ses résultats scolaires ne le lui permirent pas et il ne put s’inscrire à la faculté de droit. Il renonça donc à son rêve et décida de rejoindre l’armée avec son frère, mais sa myopie l’en empêcha également.

A vingt ans, le jeune homme trouva finalement une place à l’Université de Bagdad, département des études coraniques. Là, il fit la connaissance de nombreux amis qui devinrent par la suite des membres de groupes armés combattant l’invasion américaine de l’Irak. 

Ibrahim travailla à côté de ses études comme gardien à la mosquée al-Hajj Zidan adjacente à la maison familiale. Et après le départ de ses parents de Bagdad, la mosquée lui fournit une chambre en contrepartie de son travail de gardien, et il y étudia l’éloquence et les cours (de religion).

Sa fidélité à Saddam Hussein

Il défendit Saddam Hussein durant la seconde guerre du Golfe, et fut emprisonné à cause de cela à la prison d’Abou Gharib puis à celle de BuccaLà, il essaya d’être un prisonnier modèle, et l’un de ses compagnons Abou Ahmad qui devint par la suite un chef important de Daech avant de la quitter, affirma : « Ibrahim suivait en même temps la stratégie de construction de l’Etat islamique, sans que ses camarades ne s’en aperçoivent, car l’environnement à Bucca était favorable à cela ».

 

L’Académie de la prison de Bucca

Un ex-terroriste du nom de « Abou Omar » affirme que le camp était le lieu le plus sûr pour donner des cours, ce qui fit de lui une parfaite école du terrorisme.

Et d’ajouter : « Le Centre de Bucca fut le meilleur service que les Etats-Unis aient pu nous rendre, car ils nous ont fourni un environnement sûr et nous ont permis d’améliorer notre connaissance de l’idéologie djihadiste et de former les soldats prêts à des attaques dès leur libération, car il ne nous était possible de nous réunir de cette façon qu’à Bagdad ».

Il explique également qu’il y avait une Académie dans la prison, et que lorsqu’arriverait le moment de la libération de ses membres, il ne leur resterait plus qu’à écrire les adresses et numéros de téléphone des individus qui leur permettraient de rejoindre l’organisation.

Quant à Ali Khodeiri, conseiller des ambassadeurs américains à Bagdad (de 2003 à 2009), il affirme : « Les extrémistes voyaient dans l’Irak post-Saddam Hussein une grande catastrophe car l’occupation allait durer longtemps, et la majorité chiite se préparait à prendre le pouvoir avec le soutien militaire américain ».

 

Daech dans la prison de Saydnaya

Au même moment, les derniers préparatifs de Daech se faisaient à l’extérieur de l’Irak en Syrie, dans la prison militaire de Saydnaya à 30 km au nord de Damas, connue pour être un Enfer où s’entassaient à côté des prisonniers d’opinion, 1100 djihadistes parmi lesquels des anciens djihadistes d’Irak et des chefs salafistes, qui allaient diriger par la suite les brigades armées syriennes les plus dangereuses, et dont certains allaient devenir des chefs de Daech, sous le commandement de l’émir Ibrahim al-Baghdadi.

 

Proclamation du califat

La clé du succès d’al-Baghdadi fut la ville de Mossoul, connue pour être entourée de champs de pétrole, et située à 450 km de Raqqa. Elle était remplie de cellules dormantes constituées par des anciens du Baath et par des membres de tribus et de groupes armés, qui avaient en commun leur hostilité au régime chiite à Bagdad accusé d’être inféodé à l’Iran.

Al-Baghdadi et les hommes de Saddam qui étaient avec lui parièrent sur cette alliance pour s’emparer de Mossoul, et il n’envoya que 1500 soldats. Ses prévisions s ‘avérèrent justes, et l’opération s’acheva en 4 jours seulement, sans pertes notables dans les rangs de l’organisation, et fut accompagnée par la fuite lors de la ville des militaires et policiers irakiens en compagnie d’un demi-million de civils. 

Suivit la chute du gouvernorat de Ninive quasiment sans difficulté, avec le contrôle par al-Baghdadi de la Banque Centrale, et il devint ainsi propriétaire de 430 millions de dollars faisant de lui le terroriste le plus riche du monde. Et les revenus du pétrole et du trafic d’antiquités ainsi que des impôts qu’il imposa lui fournirent une richesse supplémentaire énorme qu’aucune autre organisation auparavant n’avait possédée. Et al-Baghdadi s’autoproclama ainsi en juin 2014 calife des croyants.

 

Le calife se transforme en fuyard

En 2017, la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis lance une attaque contre Daech et Mossoul tombe le 10 juillet. Et l’on suppose que Daech sacrifia 17 de ses combattants dans des opérations suicides avec des voitures piégées pour ouvrir un petit passage lors du siège de Mossoul et en faire sortir al-Baghdadi. Puis les événements se succédèrent et Raqqa en Syrie tomba le 17 octobre, et al-Baghdadi disparut à partir de ce moment.

En mars 2015, Al-Baghdadi fut atteint de blessures graves à la colonne vertébrale suite à un bombardement américain qui coûta la vie à trois de ses hommes. Il survécut par miracle, et le général de l’armée irakienne Fadel al-Barwari a affirmé qu’il se cache sous terre du côté de la ville d’al-Bal (à l’ouest de Mossoul), change de cachette en permanencen’utilise pas d’appareils de communication modernes et aurait modifié son apparence physique…

Dans le même temps, le journal britannique The Guardian a affirmé que depuis mai 2016, son emplacement a été identifié trois fois au moins, dans diverses zones, et que malgré la surveillance des satellites artificiels américains et des différents appareils de renseignements et d’espionnage, al-Baghdadi reste introuvable.

Le livre qui dévoile de nombreux aspects de la personnalité d’al-Baghdadi, le terroriste le plus célèbre du monde aujourd’hui, nous donne une image précise de cette légende qui reste une énigme pour le monde, mais la question qui se pose est de savoir si le terrorisme prendra fin avec la mort de ce terroriste : or, le livre n’a pas été capable d’y répondre, et naturellement,personne dans le monde ne pourrait le prévoir.

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