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Ian Hamel
Ian Hamel

« Le Projet » des Frères musulmans pour conquérir l’Occident

jeudi 07/juin/2018 - 05:23
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Depuis la fin des années 50, la Confrérie développe un plan à très long terme : faire tomber l’Europe, puis l’Amérique du Nord sous son joug. Un fantasme ? Absolument pas. Un document l’atteste. Baptisé « Le Projet », ce texte de14 pages révèle que la Confrérie entend bien faire « de l’islam la civilisation dominante et mettre fin à l’hégémonie de l’Occident matérialiste sur l’humanité ».

Quelques jours après le 11 septembre 2001, les carabiniers italiens investissent deux belles villas dans la bourgade de Campione. C’est une enclave italienne, surtout connue pour son casino, à l’intérieur de la Suisse, plus précisément dans le canton italophone du Tessin. Les habitations investiguées ? Celles d’Ali Ghaleb Himmat, d’origine syrienne, et de Youssef Nada, un Egyptien, né à Alexandrie en 1931. Leur crime ? Ils dirigent une petite société financière, baptisée Al-Taqwa, dont le siège principal est à Lugano, au Tessin. Al-Taqwa, fondée en 1988, est soupçonnée de financer le Hamas palestinien, le Front islamique du Salut et le GIA en Algérie, Ennahdah en Tunisie.

Cette caisse d’épargne du mouvement islamique mondial a-t-il également mis la main à la poche pour boucler les fins de mois d’Al-Qaida ? Nous ne pourrons sans doute jamais l’affirmer. D’abord parce qu’Al-Taqwa a été liquidée en décembre 2001. Et que la justice n’a jamais été en mesure de démontrer que l’établissement financier avait soutenu des organisations criminelles. En revanche, les perquisitions n’ont pas totalement été inutiles. Dans la villa de Youssef Nada, les enquêteurs ont mis la main sur un document intitulé « Le Projet », daté du 1er décembre 1982. Le contenu de ce « Projet », au service d’une ambition grandiose : celui d’établir un Etat islamique sur toute la terre, a été publié en français en 2005 dans un ouvrage intitulé « La conquête de l’Occident. Le projet secret des islamistes » (1). Son auteur, le journaliste suisse Sylvain Besson, est actuellement rédacteur en chef adjoint au quotidien Le Temps, à Lausanne.

« Porter l’habit de la laïcité »

Ce rapport propose une vision globale d’une stratégie internationale pour la politique islamique. Il s’agit notamment de « concilier engagement mondial et souplesse au niveau local ». C’est ce qu’a développé récemment Abdelrahim Ali, le directeur du Centre des études du Moyen-Orient à Paris, dans son ouvrage « L’Etat des Frères musulmans. L’Europe et l’expansion de l’Organisation internationale » (2). Actuellement, la Confrérie a choisi « de changer de visage, pour s’éloigner des organisations terroristes et s’intégrer dans les sociétés arabes et celles de l’Occident ». Puis précisément, « la Confrérie a donc décidé de faire des concessions concernant son identité islamique et porter l’habit de la laïcité », écrit Abdelrahim Ali.

Parmi les objectifs du « Projet » :

- Préparer une étude scientifique sur la possibilité d’établir le règne de Dieu partout dans le monde.

- S’aider des systèmes de surveillance divers et variés pour recueillir des informations et adopter une communication avertie et efficace à même de servir le mouvement islamique mondial.

- Accepter le principe d’une coopération provisoire entre les mouvements islamiques et les mouvements nationaux.

- Faire des études sur les juifs, ennemis des musulmans.

Parlant de cette coopération avec des mouvements non islamistes, « Le Projet » évoque « l’activité missionnaire chrétienne ». Toutefois, ajoute le document « il ne faut pas leur prêter allégeance ou leur faire confiance ». C’est tout à fait la stratégie adoptée par le prédicateur Tariq Ramadan depuis près d’une trentaine d’années. Petit-fils d’Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens, et fils de Saïd Ramadan, le fondateur du centre islamique de Genève, il n’a jamais cessé de se lier avec des personnalités chrétiennes. Il a notamment courtisé les pères Christian Delorme, l’ancien « curé des Minguettes », Michel Lelong, auteur de « L’islam et l’Occident », Gilles Couvreur, responsable du secrétariat pour les relations avec l’islam de l’église catholique. Sans oublier l’abbé Pierre, qui va mouiller sa chemise quand Tariq Ramadan se voit interdire l’entrée en France le 26 novembre 1995 à la frontière franco-suisse.

Le nerf de la guerre

Ce n’est qu’aujourd’hui, suite à des plaintes de victimes, que l’étoile de Tariq Ramadan a cessé de briller. Le prédicateur mis en examen en France pour viol. En revanche, il n’a toujours pas été sérieusement inquiété concernant la dangerosité des idées qu’il propage en Occident. Pourtant, dans « Les dollars de la terreur », paru en 1999, Richard Labévière révélait déjà que le Centre islamique de Genève « est connu des services spécialisés de police pour être un lieu de rencontre des principaux islamistes européens et le point de convergence des circuits de financement » (3). A la mort du père, Saïd Ramadan, en 1995, « la famille s’est partagée une somme apparemment considérable que Saïd Ramadan avait en gestion pour le compte des Frères musulmans d’Egypte ». Le journaliste souligne que grâce à cet argent, il en est résulté « une amélioration quantitative et spectaculaire des productions et des activités de la librairie Al-Tawhid de Lyon ». C’est encore aujourd’hui depuis Lyon que part la propagande demandant la libération de Tariq Ramadan.

« Le Projet », bien évidemment, n’oublie pas le nerf de la guerre. Il propose

- De recueillir suffisamment de fonds pour perpétuer le djihad

- De chercher à posséder la majorité du capital de la banque et être ainsi en position de la manipuler et de la diriger

- De créer une couverture dans un cadre légal pour les investissements afin de conserver secret les transactions financières.

(1) Editions du Seuil, 223 pages.

(2) L’Harmattan, octobre 2017, 262 pages.

(3) Grasset, 434 pages.

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